Vous avez convoqué un salarié à sa visite médicale obligatoire. Il ne s’est pas présenté. Vous vous demandez maintenant comment réagir sans commettre d’impair juridique. Pouvez-vous sanctionner ? Devez-vous reprogrammer ? Et si le salarié invoque un empêchement de dernière minute ?
La question mérite d’être traitée avec méthode, car les erreurs de procédure peuvent coûter cher : licenciement annulé, rappel de salaire, dommages-intérêts. Côté salarié, l’enjeu n’est pas négligeable non plus : une absence injustifiée peut mener à un avertissement, une mise à pied, voire un licenciement.
Voici ce qu’il faut retenir avant d’agir :
- Toutes les visites médicales ne sont pas logées à la même enseigne : certaines sont strictement obligatoires, d’autres relèvent d’une démarche volontaire
- L’employeur a l’obligation d’organiser la visite dans les règles, sinon la sanction peut être contestée
- Le salarié risque une sanction disciplinaire proportionnée si son absence n’est pas justifiée
- Aucune retenue sur salaire n’est autorisée pour sanctionner une absence à une visite médicale
- La visite de reprise obéit à des règles spécifiques et des délais très stricts (8 jours après le retour)
Dans cet article, on décrypte ensemble le cadre légal, les sanctions applicables, les erreurs à éviter et les réflexes à adopter pour gérer cette situation sereinement, que vous soyez employeur, RH, ou salarié concerné.
Pourquoi la visite médicale est-elle obligatoire ?
Le suivi médical en entreprise n’est pas une formalité administrative. C’est un pilier de la prévention des risques professionnels. Son objectif : s’assurer que l’état de santé du salarié est compatible avec son poste, détecter d’éventuelles contre-indications, et proposer des aménagements si nécessaire.
Les objectifs de la médecine du travail
Le médecin du travail ne soigne pas. Il conseille, oriente, et prévient. Concrètement, il évalue si le salarié peut exercer ses fonctions en toute sécurité. Il vérifie aussi que les conditions de travail n’aggravent pas une pathologie existante. Dans certains secteurs (BTP, chimie, métallurgie, santé), ce contrôle est renforcé car les risques sont plus élevés.
La visite médicale permet aussi de détecter des situations de handicap non déclarées, d’anticiper des inaptitudes, et de proposer des solutions (télétravail, mi-temps thérapeutique, changement de poste).
Les rôles respectifs de l’employeur, du salarié et du SPST
Chacun a sa part de responsabilité. L’employeur doit organiser les visites, transmettre les convocations, et respecter les délais légaux. Le salarié doit s’y présenter et fournir les informations nécessaires au médecin. Le SPST (Service de Prévention et de Santé au Travail) réalise l’examen et rédige l’avis médical.
Si l’un des trois acteurs ne joue pas son rôle, tout le dispositif peut être fragilisé. Un salarié qui refuse de venir empêche l’employeur de respecter ses obligations. Un employeur qui convoque trop tard ou de manière floue expose l’entreprise à des contentieux.
Les visites concernées (VIP, périodique, reprise, etc.)
Il existe plusieurs types de visites. La visite d’information et de prévention (VIP) a lieu dans les trois mois suivant l’embauche. Elle remplace l’ancienne visite d’embauche pour la majorité des salariés. Le suivi périodique intervient ensuite tous les 3 à 5 ans selon les cas.
Pour les postes à risques, le suivi renforcé impose une visite avant la prise de poste, puis un renouvellement tous les 2 à 4 ans maximum. Enfin, la visite de reprise est obligatoire après un arrêt de travail long, un congé maternité ou un accident du travail. La visite de pré-reprise, elle, est facultative et se fait à la demande du salarié ou du médecin traitant.
Quand le salarié doit-il obligatoirement se présenter ?
Toutes les visites ne sont pas obligatoires au sens strict. Il faut distinguer celles qui relèvent d’une obligation légale de celles qui sont proposées à titre préventif.
Les visites médicales réellement obligatoires
Le salarié doit impérativement se rendre :
- À la visite d’information et de prévention (VIP) dans les 3 mois après son embauche
- Aux visites de suivi périodique fixées par le médecin du travail
- Aux visites de suivi renforcé pour les postes exposés (amiante, plomb, rayonnements, agents biologiques, etc.)
- À la visite de reprise après un arrêt maladie de plus de 30 jours, un congé maternité, une maladie professionnelle ou un accident du travail
En revanche, la visite de pré-reprise n’est pas obligatoire. Elle se fait à l’initiative du salarié pendant son arrêt pour préparer son retour. Refuser d’y aller ne peut entraîner aucune sanction.
Focus sur la visite de reprise après arrêt
C’est la visite la plus sensible juridiquement. Elle doit être organisée dans les 8 jours calendaires suivant le retour effectif du salarié. Concrètement, si un salarié revient un lundi après un arrêt maladie de 40 jours, l’employeur doit avoir programmé la visite au plus tard le mardi de la semaine suivante.
Cette visite permet de vérifier que l’état de santé du salarié lui permet de reprendre son poste. Si ce n’est pas le cas, le médecin peut déclarer une inaptitude partielle ou totale, et proposer des aménagements. Sans cette visite, le contrat de travail reste suspendu : le salarié ne peut pas travailler, et l’employeur n’a pas à verser de salaire.
Délais légaux d’organisation
Les délais varient selon la nature de la visite. Pour la VIP, l’employeur a 3 mois. Pour la visite de reprise, c’est 8 jours maximum. Pour le suivi périodique, le médecin du travail fixe la périodicité en fonction du poste et des risques identifiés.
Si l’employeur dépasse ces délais, il se met en faute. Le salarié peut alors demander des dommages-intérêts si ce retard lui cause un préjudice (par exemple, maintien sur un poste inadapté qui aggrave son état de santé).
Que risque un salarié absent sans justification ?
L’absence à une visite médicale obligatoire constitue un manquement aux obligations contractuelles. Mais toutes les absences ne se valent pas. L’employeur doit analyser le contexte avant de sanctionner.
Faute simple, faute grave : les cas de figure
Une absence ponctuelle, sans récidive ni mauvaise foi évidente, relève généralement de la faute simple. Un oubli, une confusion de date, un empêchement non anticipé : autant de situations qui ne justifient pas une sanction lourde.
En revanche, un refus répété malgré plusieurs relances et mises en demeure peut constituer une faute sérieuse, voire une faute grave si le poste présente des risques pour la sécurité du salarié ou de ses collègues. Exemple : un conducteur de poids lourd qui refuse systématiquement la visite médicale met en danger la sécurité routière.
La faute grave suppose une violation délibérée et une impossibilité de maintenir le salarié dans l’entreprise. Elle est rarement retenue pour une simple absence à une visite médicale, sauf cas extrêmes.
Exemples concrets de sanctions possibles
Première absence sans justification valable : avertissement écrit. C’est un rappel à l’ordre qui n’impacte pas le salaire mais figure au dossier.
Deuxième absence malgré une mise en demeure : blâme ou mise à pied disciplinaire de quelques jours. La mise à pied entraîne une retenue sur salaire correspondant aux jours d’absence.
Troisième refus caractérisé, après plusieurs relances et sans motif légitime : licenciement pour faute (simple ou sérieuse selon les circonstances). Le licenciement pour faute grave reste exceptionnel et doit être solidement motivé.
Le principe de proportionnalité à respecter
Toute sanction doit être proportionnée à la gravité de la faute. Un licenciement pour une absence isolée, sans récidive ni mise en garde préalable, sera très probablement annulé par le juge. À l’inverse, un simple rappel à l’ordre après trois absences successives sera jugé insuffisant.
L’employeur doit documenter chaque étape : convocations envoyées, accusés de réception, justificatifs fournis ou non par le salarié, relances, mises en demeure. Ce dossier servira de preuve en cas de contentieux.

Quels motifs peuvent justifier une absence ?
Un salarié peut avoir des raisons légitimes de ne pas se présenter. Avant de sanctionner, il faut vérifier si l’absence est justifiée.
Maladie soudaine, urgence, convocation irrégulière…
Un salarié qui tombe malade le jour de la visite ou qui doit gérer une urgence familiale (hospitalisation d’un proche, accident) ne commet aucune faute. Encore faut-il qu’il prévienne l’employeur et fournisse un justificatif (certificat médical, attestation de l’hôpital, etc.).
Une convocation irrégulière est aussi un motif valable. Si la date est communiquée la veille, si le lieu n’est pas précisé, si le caractère obligatoire n’est pas mentionné, le salarié peut légitimement contester. Idem si la convocation n’a jamais été reçue (envoi à une mauvaise adresse, absence d’accusé de réception).
Un problème de transport exceptionnel (grève, accident sur la route, panne de véhicule) peut aussi expliquer une absence, à condition d’en apporter la preuve.
Les justificatifs recevables
Certificat médical pour une maladie soudaine, attestation de prise en charge hospitalière, justificatif de la compagnie de transport en cas de grève ou d’annulation, attestation de dépannage en cas de panne de voiture. Tous ces documents peuvent être produits pour expliquer l’absence.
L’employeur doit examiner ces justificatifs avec sérieux. S’ils sont cohérents et vérifiables, il ne peut pas sanctionner.
Les bons réflexes pour éviter la sanction
Si vous êtes salarié et que vous ne pouvez pas vous rendre à la visite :
- Prévenez votre employeur dès que possible (par téléphone, SMS, mail)
- Demandez une reprogrammation rapide
- Fournissez un justificatif écrit dans les 48h
- Conservez une copie de tous vos échanges (mails, courriers, accusés)
Cette démarche proactive montre votre bonne foi et limite les risques de contentieux.
Comment réagir côté employeur ?
L’absence d’un salarié à une visite médicale vous place face à un choix : reprogrammer ou sanctionner. La bonne décision dépend du contexte.
Reprogrammer ou sanctionner : comment décider ?
Si c’est la première fois, que le salarié a prévenu, et qu’il fournit un justificatif crédible : reprogrammez sans sanction. Vous montrez ainsi que vous respectez le principe de proportionnalité et que vous agissez de bonne foi.
Si le salarié ne donne aucune nouvelle, ignore vos relances, et ne fournit aucune explication : envoyez une mise en demeure avant d’envisager une sanction. Laissez-lui une dernière chance de régulariser.
Si le salarié récidive malgré vos relances, et qu’il refuse délibérément de se présenter : engagez une procédure disciplinaire. Là, vous êtes dans votre droit.
Les étapes d’une procédure disciplinaire sécurisée
- Convocation initiale : date, heure, lieu, nature de la visite, mention du caractère obligatoire, envoi par LRAR ou remise en main propre avec signature
- Relance en cas d’absence : mail ou courrier simple rappelant la nécessité de se présenter
- Mise en demeure : courrier recommandé mentionnant les conséquences disciplinaires possibles si le salarié ne se présente pas à la nouvelle date fixée
- Entretien préalable : si vous envisagez une sanction lourde (mise à pied, licenciement), convoquez le salarié à un entretien préalable dans les 2 mois suivant les faits
- Notification écrite de la sanction : courrier motivé précisant la nature de la faute, les faits reprochés, et la sanction retenue
Attention au délai de prescription : vous ne pouvez pas sanctionner des faits datant de plus de 2 mois.
Modèle de convocation et mise en demeure
Voici un exemple de mise en demeure :
Objet : Mise en demeure de se présenter à la visite médicale de reprise
Madame, Monsieur,
Vous étiez convoqué(e) à une visite médicale de reprise le [date], à [heure], auprès du SPST [nom]. Vous ne vous êtes pas présenté(e) et n’avez fourni aucun justificatif.
Nous vous rappelons que cette visite est obligatoire conformément à l’article R. 4624-31 du Code du travail. Votre absence empêche la reprise effective de votre contrat de travail.
Vous êtes donc convoqué(e) à une nouvelle visite le [nouvelle date], à [heure], à [adresse].
Toute absence injustifiée à cette nouvelle convocation pourra donner lieu à une sanction disciplinaire.
Nous vous invitons à nous contacter rapidement si vous rencontrez une difficulté pour vous rendre à cette visite.
Ce type de courrier montre que vous avez tout fait pour régulariser la situation avant de sanctionner.
Visite de reprise : attention aux erreurs à éviter
La visite de reprise est un terrain glissant sur le plan juridique. Les règles sont strictes, et les erreurs peuvent coûter cher.
Ce que dit la loi
L’article R. 4624-31 du Code du travail impose une visite de reprise dans les 8 jours suivant le retour du salarié après :
- Un arrêt maladie de plus de 30 jours
- Un congé maternité
- Un accident du travail (quelle que soit la durée)
- Une maladie professionnelle (quelle que soit la durée)
Si cette visite n’est pas organisée dans les délais, le contrat de travail reste suspendu. Le salarié ne peut pas reprendre le travail, et l’employeur ne lui doit aucun salaire.
Ce que dit la jurisprudence récente (2024)
Depuis 2024, la Cour de cassation a précisé sa position : l’absence de visite de reprise n’annule plus automatiquement le droit de l’employeur à refuser le salaire. Si le salarié est disponible et souhaite travailler, mais que l’employeur n’organise pas la visite dans les temps, il peut être condamné à verser un rappel de salaire.
À l’inverse, si le salarié bloque volontairement la procédure en refusant de se présenter malgré une convocation conforme, l’employeur peut refuser de le rémunérer et engager une procédure disciplinaire.
Le message est clair : chacun doit respecter ses obligations. Ni l’employeur ni le salarié ne peut se cacher derrière la faute de l’autre pour échapper à ses responsabilités.
Salaire, suspension du contrat et risques juridiques
Tant que la visite de reprise n’a pas eu lieu, le contrat reste suspendu. Concrètement, le salarié ne peut pas reprendre son poste, et l’employeur n’a pas à payer de salaire. Mais si cette suspension dure trop longtemps à cause d’un manquement de l’employeur, celui-ci s’expose à des dommages-intérêts.
Exemple : un salarié revient d’un arrêt maladie le 1er mars. L’employeur ne programme la visite que le 25 mars. Le salarié n’a pas travaillé pendant 25 jours et n’a pas été payé. Il peut demander un rappel de salaire pour cette période, car le retard est imputable à l’employeur.
Qui paie si le salarié ne vient pas ?
La question financière se pose souvent. Si un salarié ne se présente pas à la visite, qui assume le coût ?
La facturation par le SPST
Le SPST facture ses prestations à l’entreprise. Si un salarié ne vient pas sans prévenir, le SPST peut facturer l’absence. Cette facturation est normale : le médecin ou l’infirmier a bloqué un créneau, et le temps perdu représente un coût.
L’interdiction de retenue sur salaire
L’employeur ne peut jamais retenir le montant de cette facture sur le salaire du salarié. C’est interdit par le Code du travail. La visite médicale est une obligation de l’employeur, et il en assume les frais.
Une retenue sur salaire ne peut être envisagée que si le salarié devait travailler à ce moment-là et s’est absenté sans autorisation. Mais ce n’est pas le cas ici : la visite médicale ne se fait pas pendant le temps de travail effectif, ou si elle a lieu pendant ce temps, elle est assimilée à du temps de travail.
Cas rares de réparation financière par le salarié
Dans des situations exceptionnelles, l’employeur peut engager une action en responsabilité contre le salarié pour obtenir réparation du préjudice causé par son absence. Mais cette démarche est rare et difficile à gagner. Il faut prouver un préjudice réel et direct : par exemple, un retard dans un chantier, une mise en danger d’autrui, ou une désorganisation grave de l’activité.
Concrètement, il est plus simple et plus efficace d’appliquer une sanction disciplinaire que de lancer une procédure judiciaire pour récupérer quelques centaines d’euros.
En définitive, l’absence d’un salarié à une visite médicale obligatoire n’est jamais anodine. Elle engage la responsabilité de chacun : l’employeur doit convoquer dans les règles, le salarié doit se présenter sauf empêchement légitime, et le SPST doit assurer le suivi médical.
La sanction existe, mais elle doit être proportionnée, motivée, et précédée d’une vérification sérieuse des motifs d’absence. Dans la majorité des cas, une reprogrammation rapide et un dialogue ouvert permettent de résoudre la situation sans conflit. Mais si le salarié persiste dans son refus, l’employeur dispose de leviers disciplinaires solides, à condition de respecter scrupuleusement la procédure.

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