Votre entreprise fait faillite alors que vous êtes en arrêt maladie ? Cette situation peut sembler catastrophique, mais rassurez-vous : vos droits restent protégés par la loi. Voici ce qu’il faut retenir :
- Vos indemnités journalières continuent d’être versées par la CPAM, indépendamment de la situation de l’entreprise
- L’AGS prend le relais pour garantir le paiement de vos salaires impayés et indemnités
- Des démarches spécifiques doivent être effectuées auprès du mandataire judiciaire
- La formation reste possible pendant votre arrêt, avec l’accord médical
- Votre licenciement n’est pas automatique, même en cas de liquidation
Dans cet article, nous décryptons point par point vos droits, les mécanismes de protection qui s’activent, et les actions concrètes à mener pour traverser cette période en préservant vos intérêts.
Le statut du salarié en arrêt maladie
Quand votre entreprise dépose le bilan pendant votre arrêt maladie, votre statut de salarié protégé demeure intact. La législation française offre un bouclier juridique solide qui ne s’effrite pas avec les difficultés financières de votre employeur.
Maintien de la protection légale
Votre arrêt maladie conserve toute sa validité juridique. La Sécurité sociale continue de reconnaître votre incapacité temporaire de travail, et cette reconnaissance reste indépendante du sort de l’entreprise. Concrètement, cela signifie que vos indemnités journalières (IJ) continuent d’être versées directement par la CPAM, sans interruption.
Le montant de ces indemnités correspond à 50% de votre salaire journalier de base, calculé sur les trois derniers mois précédant votre arrêt. Ce calcul ne change pas, même si l’entreprise ne peut plus assurer le complément de salaire habituellement prévu par la convention collective.
Règles de licenciement spécifiques
La protection contre le licenciement pendant un arrêt maladie reste active, mais avec des nuances importantes en cas de procédure collective. Votre employeur ne peut pas vous licencier pour motif lié à votre état de santé ou à votre absence. Seuls trois cas permettent une rupture du contrat :
- La faute grave commise avant ou pendant l’arrêt maladie
- L’impossibilité de maintenir le poste pour des raisons économiques indépendantes de la maladie
- La liquidation judiciaire de l’entreprise
Dans le dernier cas, le liquidateur peut procéder à un licenciement économique, mais il doit respecter la procédure légale classique : préavis (même s’il n’est pas exécuté), versement des indemnités légales et conventionnelles, remise des documents de fin de contrat.
Suivi médical inchangé
Votre suivi médical se poursuit normalement. Votre médecin traitant reste votre interlocuteur principal pour évaluer votre état de santé et adapter la durée de votre arrêt. Les contrôles de la CPAM peuvent également avoir lieu selon les procédures habituelles.
Cette continuité médicale vous permet de vous concentrer sur votre rétablissement sans vous préoccuper des turbulences financières de l’entreprise. C’est un élément fondamental pour éviter que le stress lié à la faillite n’aggrave votre état de santé.
Paiement des salaires et indemnités : rôle de l’AGS
L’Association pour la Gestion du régime d’assurance des créances des Salariés (AGS) constitue votre principale protection financière quand l’entreprise ne peut plus honorer ses obligations. Ce mécanisme d’assurance obligatoire se déclenche automatiquement lors d’une procédure collective.
Fonctionnement de la garantie AGS
L’AGS intervient dès l’ouverture de la procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire). Elle prend en charge le paiement des créances salariales dans des délais beaucoup plus courts que les procédures classiques de recouvrement. Généralement, les premiers versements interviennent dans les 4 à 6 semaines suivant la déclaration de créances.
Les montants garantis sont plafonnés selon un barème officiel révisé chaque année. Pour 2024, le plafond s’élève à 89 280 euros pour les indemnités de licenciement et 59 520 euros pour les autres créances (salaires, congés payés, préavis). Ces plafonds couvrent la majorité des situations, sauf pour les très hauts salaires.
Créances couvertes par l’AGS
L’AGS rembourse un éventail large de créances salariales :
- Les salaires impayés des derniers mois précédant la procédure
- Les indemnités de congés payés non pris
- Les indemnités de licenciement légales et conventionnelles
- Les indemnités de préavis, même si celui-ci n’est pas exécuté
- Les primes et autres éléments de rémunération variable dus
Pour les salariés en arrêt maladie, l’AGS peut également prendre en charge le complément de salaire que l’employeur devait verser en plus des indemnités journalières de la Sécurité sociale, selon les termes de la convention collective.
Procédure de déclaration des créances
Votre action détermine la rapidité du remboursement. Vous devez déclarer vos créances auprès du mandataire judiciaire dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture de la procédure. Cette déclaration doit être exhaustive et documentée.
Préparez un dossier complet avec :
- Vos bulletins de paie des derniers mois
- Le relevé détaillé de vos congés payés non pris
- Les justificatifs de primes ou avantages dus
- Une estimation chiffrée de vos indemnités de licenciement
Le mandataire judiciaire vérifie votre déclaration et la transmet à l’AGS pour paiement. Un conseil : gardez des copies de tous les documents transmis et demandez un accusé de réception pour chaque démarche.
Les démarches à effectuer par le salarié
Face à la liquidation de votre entreprise pendant un arrêt maladie, votre réactivité dans les démarches administratives conditionne la préservation de vos droits. Voici le plan d’action étape par étape.
Identifier les interlocuteurs clés
Dès l’annonce de la procédure collective, identifiez rapidement les nouveaux interlocuteurs qui remplacent votre employeur défaillant. Le mandataire judiciaire devient votre contact principal pour les questions salariales. Ses coordonnées sont publiées dans le jugement d’ouverture de la procédure, généralement affiché dans l’entreprise et publié au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc).
Parallèlement, le liquidateur gère la fermeture définitive de l’entreprise et les licenciements. Ces deux personnes travaillent en coordination avec l’AGS pour organiser le paiement de vos créances salariales.
N’hésitez pas à solliciter l’aide des représentants du personnel (délégués syndicaux, membres du CSE) s’ils sont encore présents. Ils connaissent souvent mieux les rouages administratifs et peuvent vous guider dans vos démarches.
Constituer et présenter votre dossier de créances
La déclaration de créances constitue l’étape cruciale de votre protection financière. Vous disposez d’un délai de deux mois à compter de la publication du jugement pour déposer votre dossier complet.
Votre déclaration doit inclure un tableau détaillé de toutes vos créances :
- Salaires impayés : montant net et brut, période concernée
- Congés payés : nombre de jours acquis et non pris, valorisation selon votre salaire de référence
- Indemnités de licenciement : calcul selon l’ancienneté et les barèmes légaux/conventionnels
- Préavis : durée théorique et valorisation
- Primes diverses : 13e mois, primes d’objectifs, avantages en nature
Accompagnez ce tableau de tous les justificatifs : contrat de travail, bulletins de paie, attestations de primes, relevés de congés payés. Plus votre dossier est documenté, plus le traitement sera rapide.
Suivre l’évolution de votre dossier
Après le dépôt de votre déclaration, restez en contact régulier avec le mandataire judiciaire. Celui-ci vérifie la validité de vos créances et établit un état des sommes dues, qu’il transmet ensuite à l’AGS.
Le mandataire peut vous demander des compléments d’information ou contester certains montants. Répondez rapidement à ses sollicitations pour éviter tout retard de paiement. Gardez une trace écrite de tous vos échanges (emails, courriers recommandés).
Une fois votre dossier validé, l’AGS vous contacte directement pour organiser le versement. Les fonds sont généralement virés sur votre compte bancaire dans un délai de 4 à 8 semaines après la validation.
Gérer les aspects administratifs connexes
Informez immédiatement Pôle emploi de la fermeture de votre entreprise, même si vous êtes encore en arrêt maladie. Cette démarche permet d’anticiper votre inscription comme demandeur d’emploi dès la fin de votre arrêt.
Contactez également votre mutuelle d’entreprise pour connaître les modalités de maintien de vos garanties santé. Selon les contrats, vous bénéficiez parfois d’une période de portabilité qui prolonge votre couverture pendant plusieurs mois.
Enfin, prévenez votre médecin traitant de la situation de l’entreprise. Il pourra adapter son suivi en tenant compte du stress supplémentaire lié à cette situation et évaluer l’opportunité de prolonger ou modifier votre arrêt maladie.

Se préparer à l’après : formation et reconversion
La période d’arrêt maladie peut devenir une opportunité de rebond professionnel, surtout quand la fermeture de l’entreprise vous impose une transition de carrière. Avec les bonnes démarches, vous pouvez transformer cette contrainte en tremplin.
Formation pendant l’arrêt maladie : conditions et possibilités
Suivre une formation pendant un arrêt maladie reste possible, mais nécessite l’accord préalable de votre médecin traitant. Celui-ci évalue si l’activité de formation est compatible avec votre état de santé et votre processus de guérison. Son feu vert conditionne la légalité de votre démarche vis-à-vis de la Sécurité sociale.
Les formations à distance ou en e-learning s’avèrent souvent plus adaptées que les cursus en présentiel. Elles vous permettent d’adapter votre rythme d’apprentissage selon votre état de santé et d’éviter les déplacements fatigants. De nombreux organismes proposent des formations certifiantes dans le digital, la gestion, ou les métiers émergents.
Attention aux règles de cumul : vous ne pouvez pas exercer d’activité rémunérée pendant votre arrêt maladie, même dans le cadre d’une formation en alternance. Privilégiez les formations théoriques ou les stages d’observation non rémunérés.
Dispositifs d’accompagnement à la reconversion
Plusieurs dispositifs peuvent financer votre formation, même pendant un arrêt maladie. Le Compte Personnel de Formation (CPF) reste mobilisable et peut couvrir tout ou partie des coûts pédagogiques. Vos droits acquis ne disparaissent pas avec la fermeture de l’entreprise.
Les transitions collectives mises en place lors de plans sociaux offrent parfois des parcours de reconversion renforcés. Renseignez-vous auprès du liquidateur ou des représentants du personnel pour connaître les accords éventuels avec des organismes de formation.
L’Association pour l’emploi des cadres (Apec) ou les Missions locales (selon votre profil) proposent des bilans de compétences gratuits qui vous aident à identifier vos atouts transférables et les secteurs porteurs. Ces organismes maintiennent leurs services même pendant votre arrêt maladie.
Validation des acquis de l’expérience (VAE)
La VAE représente un levier puissant pour valoriser votre parcours professionnel sans retourner sur les bancs de l’école. Cette démarche vous permet d’obtenir un diplôme ou une certification en faisant reconnaître vos compétences acquises par l’expérience.
Le processus de VAE s’étale généralement sur 8 à 12 mois, ce qui peut coïncider avec votre période d’arrêt et de recherche d’emploi. Vous constituez un dossier détaillant vos expériences professionnelles, puis passez devant un jury de validation.
De nombreux secteurs reconnaissent la VAE : management, commerce, informatique, ressources humaines, logistique. Les universités, les écoles de commerce et les organismes consulaires (CCI, chambres des métiers) proposent des accompagnements personnalisés pour maximiser vos chances de réussite.
Anticiper le retour à l’emploi
Même en arrêt maladie, vous pouvez commencer à préparer votre recherche d’emploi future. Actualisez votre CV et votre profil LinkedIn en mettant en avant vos compétences transférables et votre nouvelle orientation professionnelle si vous envisagez une reconversion.
Rejoignez des groupes professionnels en ligne dans votre secteur d’activité ou celui que vous visez. Ces communautés partagent souvent des offres d’emploi, des conseils sectoriels et des retours d’expérience précieux pour votre future recherche.
Profitez de cette période pour développer votre réseau professionnel. Les anciens collègues, clients ou partenaires de votre entreprise fermée peuvent devenir des contacts utiles pour votre nouvelle carrière. Maintenez le lien sans pour autant exercer d’activité commerciale pendant votre arrêt.
Cette approche proactive vous permet d’aborder la fin de votre arrêt maladie avec un projet professionnel structuré et des démarches déjà engagées. Vous transformez ainsi une période de fragilité en opportunité de réinvention professionnelle.

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